Andre Eve dans son jardin de pithiviersandre eve 019

andre eve 026

Dans la rue de Pithiviers où il habite, la façade sobre de sa maison aux volets verts cache bien le trésor qu’elle abrite : derrière, se niche 1500 m2 d’allées courbes engazonnées, d’arches supportant des rosiers exubérants, de bordures peuplées de rosiers, de vivaces, une étonnante pivoine arbustive rose saumon, une collection d’heuchères et d’hostas aux feuillages colorés.

andre eve 045andre eve 030andre eve 028

C’est le jardin d’André Eve ! En ce printemps pluvieux, les roses sont en retard et le domaine d’André Eve est très très vert. Il n’en a pas moins un charme fou ! A 82 ans, il soigne toujours seul, avec beaucoup d’attention, ce petit coin de Paradis.

Ce fils d’agriculteur de la région de Pontoise qui a quitté l’école a 13 ans, est devenu rosiériste par hasard : en rencontrant le créateur de roses Marcel Robichon lorsqu’il travaillait quai de la Megisserie à Paris dans la boutique du semencier Vilmorin. Lorsque, quelques années plus tard, il a repris l’affaire de jardins de Robichon, André Eve s’est, à son tour, pris au jeu : il s’est mis à créer de nouvelles variétés en hybridant les rosiers entre eux, en utilisant souvent Centenaire de Lourdes. « Peut-être cela m’a-t-il porté chance », glisse-t-il.

Suzon

Suzon, une création d’André Eve, escalade, luxuriant, la clôture d’un jardin de l’Yonne.

 

On doit à André Eve plus de de trente variétés, dont certaines ont été primées. Parmi ses rosiers liane, Madame Solvay a le grand mérite d’être remontant. Et sa trilogie, Suzette, Suzy et Suzon, si elle ne remonte pas, offre du moins une pluie de fleurs au printemps. Suzon, en particulier, ploie sous une avalanche de fleurs simples, qui vont du jaune d’or au jaune orange avant de défleurir en rose. Une pure merveille !
A la cinquantaine, André Eve a vendu son affaire. Mais au lieu de se consacrer au conseil comme il l’avait prévu, il a constitué une vaste collection de roses anciennes, les a faites multiplier par un pépiniériste voisin et s’est mis à les commercialiser. Si les roses anciennes sont redevenues à la mode, c’est bien à lui qu’on le doit. Depuis, il a été parfois jalousé, souvent copié. André Eve est aussi devenu une marque, lorsque l’âge venant, il a vendu son affaire à Truffaut.
Les roses anciennes André Eve (1) emploient 15 salariés et se portent bien. Certes, les créations de la maison sont maintenant dues à un autre, Jérome Rateau, mais André est toujours là lorsqu’il faut jouer les public relations, participer à une fête aux plantes ou à un baptème comme le 30 mai, aux Tuileries, à Paris. Ce soir-là, la dernière création des établissements André Eve sera baptisée par Philippe Starck. Une surprenante alliance de la rose et du design !
André Eve, lui, continue de créer des jardins. Son dernier bébé à trois ans. Il se trouve à Neuville-sur-Essonne, sur un terrain géré par les comédiens du Théâtre des Minuits. Andre Eve y a réuni toutes ses créations et leurs principaux parents ! A-t-il du moins des préférées ? Le jardinier des roses (2) s’en défend mais confie tout de même une petite préférence pour les petales roses frippées de Ingénue !
(1) www.roses-anciennes-eve.com/‎
(2) Pour en savoir plus, lire André Eve, le jardinier des roses Par Evelyne Sallandre, 216 pages, Valhermer éditions, 24,00 €* . Et aussi Rosiers par Noémie Vialard et André Eve, Ed. Ulmer, 96 pages, 22,35 euros